Mustang, Terre du bout du monde, Népal, 2009
C’est une étrange sensation que celle d’avancer dans ce désert. Les montagnes massives à perte de vue m’impressionnent, me déstabilisent presque. La grandeur de ces paysages me rappelle notre infime présence qui peut être intérieurement tout aussi forte et puissante que ces montagnes ; si on les dépasse.*
Le Mustang se situe au nord du Népal à plus de 2800 mètres d'altitude. Sa population compte près de 6000 âmes dont la majorité fait partie de la communauté des Bista - Népalais d'origine Tibétaine. Ici le goudron et les véhicules n'existent pas. Pour pénétrer cette région isolée, il faut marcher ou s'y rendre à cheval.
Tel un fil noir qui se glisse entre les montagnes, la rivière Gandaki - rivière noire - ouvre le chemin, on se croirait déjà au bout du monde...*
L'histoire raconte que le Royaume Interdit devint indépendant après 1380, lorsqu'un guerrier et dévot bouddhiste tibétain, Ame Pal, conquit la région. Il bâtit une capitale protégée, Lo-Manthang, et instaura un système féodal. Le roi actuel, Jigme Palbar Bista, vingtième de la lignée, est dépourvu de tout pouvoir mais reste très apprécié et respecté de la population. En 1990, à l'aube de la démocratie parlementaire du Népal, le Mustang s’ouvre aux étrangers mais avec un accès limité et nécessitant un permis payant.
Le temps s’étire, le soleil qui s’estompe à l’horizon nous fait signe de presser le pas, sinon la nuit épaisse nous gardera prisonniers, dans cette immense cage de silence.*
Ici la nature règne en maître, elle rythme le quotidien des habitants. Tout déplacement se compte en heures. Un écolier peut mettre deux heures pour se rendre à son école, une vieille femme, trois heures pour aller chez le médecin, ou encore huit heures pour le berger ramenant son troupeau de yacks de la vallée… L’électricité est rare dans les maisons. Les bougies prolongent le jour de quelques heures, mais l’activité se réduit rapidement au coucher du soleil. Après avoir rentré le troupeau dans l’enclos, les familles se mettent en cercle autour du poêle. Les porteurs de passage donnent des nouvelles des villages voisins. Les enfants emmitouflés se collent à leur mère. Seul le vent anime les ruelles en formant des tourbillons de poussière.
Et j’admire avec quelle ténacité les habitants de cette région isolée ont su dompter cette nature à la fois si dure et si belle.*
Les terres fertiles qui bordent les villages où sont cultivés des céréales, des légumes, des pommes de terre et des fruits, procurent aux habitants une base alimentaire riche et variée. En ce qui concerne les autres nécessités de la vie quotidienne, ils s’organisent pour se rendre une à deux fois par an au Tibet ou dans la vallée de Katmandou. C’est une véritable expédition dont ils rentreront avec un convoi de chevaux chargés de vivres pour les prochains mois. Au fil des siècles, protégé du monde extérieur par sa barrière montagneuse, le Mustang reste Terre de mystères. La population continue de cultiver le mode de vie, les traditions et la religion bouddhiste de ses ancêtres, transmettant ainsi à ses enfants ce savoir-vivre tant difficile qu’unique.
Balance entre deux mondes, retour aux sources et leçon de Vie, quiconque s’aventure sur les sentiers sinueux de cette terre blanche, en revient métamorphosé.*
* Extraits du Carnet de route de Viviane Dalles.
© Viviane Dalles, 2009